01/01/2012 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Un livre fut pour moi décisif dans ma compréhension du monde et des sociétés. Ecrit par un Américain, un Bulgare et un Indien, son titre est : "On ne finit pas d'apprendre - Le fossé humain à combler. Pergamon Press - 1979 - 180 pages. J'en livre ici un extrait. Une façon de répondre à celles et ceux qui laissent des commentaires sur ce blog, participant ainsi au débat citoyen et à la production d'une pensée collective.
"En général les sociétés et les individus ont toujours adopté un style d'apprentissage conservateur. continu, interrompu par de brèves périodes d'innovation, très souvent provoquées par le choc d'événements extérieurs. L'apprentissage conservateur constite à acquérir des façons de voir, des méthodes et des règles fixes permettant de faire face à des situations connues qui se reproduisent régulièrement. Il augmente notre aptitude à résoudre des problèmes donnés. C'est le genre d'apprentissage qui est conçu pour entretenir un statu quo ou un mode de vie établi. L'apprentissage conservateur est et restera indispensable au fonctionnement et à la stabilité de toutes les sociétés.
Mais, pour la survie à long terme, plus particulièrement à l'époque où se produisent des troubles, des changements ou des ruptures avec le passé, un autre type d'apprentissage est encore plus nécessaire. C'est le type d'apprentissage qui peut apporter le changement, le renouveau, la restructuration et la reformulation des problèmes - celui que nous appellerons l'apprentissage innovateur.
Tout au long de l'histoire, la formule classique utilisée pour stimuler l'apprentissage innovateur a consisté à compter sur le choc des événements. La pénurie soudaine, le danger, l'adversité, une catastrophe interrompaient le cours de l'apprentissage conservateur et jouaient douloureusement mais efficacement le rôle du maître suprême. Les choses n'ont guère changé, et l'humanité continue à attendre des évènements et de crises capables capables de catalyser ou d'imposer ce type primitif d'apprentissage par le choc. Mais la problématique planétaire fait intervenir au moins un risque nouveau : le choc pourrait être fatal. Cette possibilité, si éloignée soit-elle, montre aussi clairement que possible à quoi tient la crise de l'apprentissage classique : non seulement la confiance placée avant tout en l'apprentissage conservateur bloque la percée de l'apprentissage innovateur, mais encore elle rend l'humanité de plus en plus vulnérable au choc : et dans le conditions actuelles d'incertitude générale, l'apprentissage par le choc est une formule qui mène droit au désastre."
03/07/2011 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Je l'ai écrit récemment, il nous faut nous organiser. Pourquoi ? Afin de ne pas laisser le débat à propos du futur périmètre de notre inter-communalité Roannaise dans les seules mains des élus. La démocratie représentative pour statuer face à une telle révolution n'est pas suffisante. J'ai participé à quelques rencontres publiques lors des cantonales et je suis effaré des discours des prétendants à l'encontre de la réforme territoriale. Quant aux élus en place et aux citoyens, ils ne savent pas ou peu de quoi il s'agit. Alors, je reproduis les quelques lignes d'un précédent billet :
Vers le milieu du mois d'Avril, le préfet de la Loire présentera le futur schéma de l'intercommunalité ligérienne. De quoi parle-t-on ? D'un nouveau découpage des communautés de communes et d'agglomération. Pourquoi ? Dans le but d'ajuster et de rendre cohérentes les réalités de vie d'un territoire et les instances de décisions qui doivent le penser et l'animer. Quelle sera la méthode ?
En ce qui me concerne, je considère cette réforme comme une formidable opportunité pour :
C'est bien d'une révolution dont il s'agit puisque il nous faut TOUT repenser. Et c'est ce qui est exaltant. Mais, inventer l'avenir de notre territoire, ne peut se faire sans les acteurs socio-économiques et les citoyens. Quant aux élus, je l'ai écrit, la guerre des tranchées couve. Elle se déclarera officiellement le 27 Mars au soir, à l'issue des cantonales. De droite, de gauche, ils vont s'arc-bouter et résister à tout changement qui ne servira pas leurs intérêts électoraux. Ils vont s'étriper en dehors de toute considération d'avenir, d'intérêt général et des réalités socio-culturelles-économiques vécues en Pays Roannais. Alors oui, il nous faut nous organiser, pour construire un printemps Roannais, le printemps des citoyens, afin que notre voix porte et soit entendue !
Plus d'information, ici.
16/03/2011 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Comme je tiens en horreur les cérémonies protocolaires et les bals des hypocrites donnés à l'occasion de chaque nouvelle année, je ne formulerai aucun voeux. Ou plutôt si, un seul, ne cessez pas de lire de la poésie. Elle est la forme suprême de la pensée. Morceaux choisis :
Il y a un temps pour tout, et chaque chose sous le ciel a son heure :
«Temps de naître et temps de mourir,
Temps de tuer, temps de guérir,
Temps de planter, temps de détruire,
Temps de bâtir, temps d’arracher,
Temps de gémir, temps de danser,
Temps de pleurer et temps de rire,
Temps d’assembler les blocs, temps de les disperser,
Temps d’aimer les baiser et temps de les maudire,
Temps de poursuivre un rêve ou de se l’interdire,
Temps d’aimer un objet, temps de le repousser,
Temps où l’on coud, où l’on déchire,
Temps où l’on parle où l’on se tait,
Temps où l’on se hait, où l’on soupire,
Temps de la guerre et temps de paix.»
Un temps pour tout
L’Ecclésiaste
«La pensée avant d’être oeuvre est trajet
N’aie pas honte de devoir passer par des lieux
fâcheux, indignes, apparemment pas fait pour toi.
Celui qui pour garder sa «noblessse» les évitera, son
savoir aura toujours l’air d’être resté à mi-distance.»
«Souviens-toi.
celui qui acquiert, chaque fois qu’il acquiert, perd.»
«Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau.
Veille périodiquement à te susciter des obstacles,
obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une
parade ... et une nouvelle intelligence.»
Poteaux d’Angle
Henri Michaux
Le Paon
«En faisant la roue, cet oiseau,
Dont le pennage traîne à terre,
Apparaît encore plus beau,
Mais se découvre le derrière.»
«Or nous regardions les cygnes,
Nager ce soir plein de tiédeur,
Sur le grand lac où se résignent,
Les branches des saules pleureurs
Et c’était l’heure où le jour meurt.»
Poèmes
Guillaume Apollinaire
«Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt que vous merci.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop nous avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre,
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !»
Ballade des pendus
François Villon
22/01/2011 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Les édiles locaux nous assènent depuis des mois que l’avènement du Roannais nouveau passera inévitablement par la prolifération de moyens de transports autoroutiers et ferroviaires. J’ai eu l’occasion, à de nombreuses reprises, d’écouter les discours de nos prophètes locaux. «Peuple, ayez confiance, nous savons ce qui est bien pour vous ! Vous le verrez, la fée autoroutière conjuguant ses efforts avec la fée ferroviaire nous redonneront notre lustre d’antan. Aucun doute possible, nos responsabilités font de nous des personnes éclairées en mesure de dire ce qui est bon pour vous et pour le territoire. Dormez tranquilles, nous nous occupons de tout !» Ce genre de propos, à peine caricaturé, a le don de me réveiller voire de me mettre en colère. Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles ! Croient-ils qu’en déclamant leurs assertions ils parviendront à nous convaincre ?
Une pensée dominante, par définition, est souvent exemptée de toute analyse critique scientifique. C’est «une pensée vulgaire» comme l’écrivait Friedrich Nietzsche ou «une pensée qui ne pense pas» comme l’avançait Gaston Bachelard. Je le sais depuis longtemps, ma pratique professionnelle antérieure m’ayant ouvert l’horizon de l’épistémologie des sciences sociales. Le 28 Août 2010, j’ai lu la déclaration à l’AFP d’Yves Crozet, professeur à l’Université Lyon 2 et Directeur du Laboratoire d'Economie des Transports à propos des vertus du double ruban bitumineux que veulent nous faire avaler les responsables socio-économiques sous prétexte du futurs développements miraculeux : «Les élus sont indécrottables ! Mais les autoroutes, ça déménage le territoire beaucoup plus que ça l'aménage, en accélérant le processus d'aspiration vers les pôles les plus forts.» Une telle conclusion aurait de quoi refroidir les ardeurs de nos stratèges locaux aveuglés par leur foi en leur Dieu autoroutier ! Roanne deviendra une banlieue de la métropole Lyonnaise. il ne nous reste plus qu’à choisir entre la jungle ou le zoo pour assurer notre devenir. Quelle perspective !
J’ai pris contact avec Yves Crozet afin de lui demander des références bibliographiques. Il m’a indiqué un auteur, François Plassard, rencontré de nombreuses fois dans d’autres vies. Je ne connaissais pas ses travaux. Je me suis procuré à la documentation française un ouvrage intitulé Transport et Territoire. Passionnant ! Ses conclusions devraient nous conduire à la prudence et la réflexion critique : "La question des relations entre les infrastructures de transport et les transformations du territoire a été mal posée dès l’origine. (...) Et si l’on est certain qu’il y a bien une relation forte entre de nouvelles infrastructures de transport et les transformations des territoires, il reste encore de nombreuses zones d’ombre, et surtout il n’existe pas à l’heure actuelle de cadre théorique convaincant qui permette de représenter ses relations. (...) Posée de façon simpliste au départ, sous la forme d’une relation de causalité directe univoque, dans laquelle on ne s’intéressait qu’aux conséquences éventuelles d’une nouvelle infrastructure de transport sur les transformations de l’espace économique, cette question a entraîné un doute sur la possibilité de comprendre les mécanismes qui lient transformations sociales et systèmes de transport. Et si tous s’accordent aujourd’hui pour dire que cette relation causale directe n’existe pas, il ne faut pas que cette remise en cause interdise de se poser la question des conséquences. (...) On a prêté au calcul économique des vertus qui ont conduit à lui faire dépasser les limites de ses compétences. Et c’est une mystification de faire croire que l’on peut décider de l’utilité collective d’un investissement à travers les seules mesures issues de ces techniques."
Outre ces interrogations qui jettent de sérieux doutes sur les choix stratégiques opérés et défendus par les acteurs socio-économiques locaux, il serait urgent de les inscrire dans une perspective de l’après pétrole et, alors là, leur invalidation est au bout de l’autoroute !
27/12/2010 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Depuis plusieurs jours je préparais un éditorial à propos des transports. Je suis loin d’être un spécialiste des autoroutes et des deux fois deux voies, mais le discours local dominant des partisans du catéchisme bitumineux mérite de mon point de vue d’être passé au crible de la déconstruction scientifique. J’y reviendrai donc le mois prochain.
Je vais dans cet éditorial m’effacer devant Edgar Morin. Il écrit mieux que moi les défis auxquels nous devons faire face. Et, il me semble aujourd’hui que «l’intelligence myope» domine, face à l’incapacité de répondre aux bouleversements que nous connaissons et allons connaître.
Place donc à Edgar Morin. «La politique est devenue de plus en plus inintelligible, de plus en plus inaudible, de plus en plus «techno-économique» ; la distance entre élus et électeurs n’a jamais été aussi importante. La politique tient désormais du degré zéro de la pensée. Sa crise est sans précédent, faute d’investissement intellectuel sur les bouleversements technologiques, les grandes transformations, les changements de société, les crises de civilisation. Elle est réduite au pilotage de l’économie, rivée sur le taux de croissance, sorte de potion magique censée résoudre le problème de l’emploi. L’avenir est fait d’incertitude, sans issue évidente. Car on ne peut plus imaginer que les lois de l‘histoire soient sur des rails, ni que le progrès soit inéluctable. Il faut faire un diagnostic local, national, régional, mondial de la marche de la planète. Le mode de connaissance tel qu’il nous a été enseigné est fragmenté. le tissu complexe de la société a été tailladé en petits morceaux ; difficile de reconstituer l’ensemble. Aux économistes l’économie, aux démographes la démographie, aux religieux la religion. Manquent les instruments de pensée complexes pour démêler l’imbrication des enjeux actuels, pour ne pas se réfugier dans la politique de courte vu, la réflexion du jour le jour. Reconnaissons-le : notre ignorance est phénoménale. Le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel disait : «l’oiseau de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit.» La sagesse arrive toujours très tard. Trop tard. il en effet très difficile de comprendre l’immédiat. «Nous ne savons pas ce qui arrive mais c’est justement ce qui arrive.» écrivait le philosophe espagnol José Ortega y Gasset. Le défi est gigantesque mais on ne peut pas renoncer, justement parce que, sinon,on accepte une intelligence myope qui conduit à des comportement aberrants. (...)
Il s’agit aujourd’hui de prendre conscience du fait que ce qui se joue est sans précédent dans l’histoire de l’humanité, le destin de l’humanité dans son ensemble (guerre de religions, armes de destruction massive, atteintes contre la biosphère). Voilà qui contraste avec le discours, trop souvent entendu, qui consiste à dire : «il n’y a plus de cause.» Jamais une cause n’a été aussi essentielle, aussi vitale, aussi pure, aussi belle ! Si on est convaincu de cela, de cette urgence comme de cette évidence, alors, et alors seulement; se dessinera une voie. Et une espérance. Alors seulement, on recherchera les moyens d’y parvenir. On ne peut rien faire sans espoir, en se cantonnant dans la mélancolie, le dépit ou la résignation. Il faut de l’espérance pour affronter les formidables défis de l’ère planétaire. Mais la grandeur de la cause doit nous donner le courage, la volonté, et cette espérance.»
Edgar Morin - Contre une intelligence myope, pour une pensée anticipatrice - Pour un nouvel imaginaire politique - Paris - Fayard - 2006 - 160 pages.
Je ne pars pas pendant l'été. D'une part parce que toute l'année je cours et sillonne les horizons les plus divers. D'autre part à cause mon potager. Il requiert, justement, à cette période une attention particulière. Et, il est pour moi hors de question d'être infidèle à mes courgettes, tomates, aubergines et haricots. J'oubliais les salades : la blonde du Cazard, la reine des glaces, l'insoumise de Pierre Bénite. S'en éloigner ? et la vie n'a plus la même saveur ! Alors, ces mois d'été sont une prédilection pour cultiver la fraternité ! Comment ? Mais, justement, en incitant les papilles des amis à se réjouir. Et, leurs pupilles se dilatant au fur et à mesure que se vident les flacons d'élixir de la treille, la discussion devient aisée, souple, fluide, levée de toute inhibition protocolaire et bourgeoise. Et lorsque l'excitation des papilles se féconde à l'excitation des neurones, alors le bonheur n'est pas loin. Et, justement, c'est le bonheur que je voulais évoquer dans cet éditorial. Au cours de ces agapes estivales dont je viens d'évoquer le fumet, un ami s'interrogeait, un peu découragé, il faut le dire, sur sa pratique de développeur territorial. "On veut développer notre territoire, mais, souvent, on a l'impression que les édiles locaux résistent, font barrage et que la population ne suit pas !"
Développer un territoire mais qu'est-ce que cela veut dire aujourd'hui dans notre contexte de pillage éhonté des ressources de la planète ? Pour répondre à cette interrogation, une abricotine, boisson sublime, distillée par nos amis suisses, s'impose. Plutôt que de penser toujours plus d'avoir, ne serait-il pas urgent de penser toujours plus d'être. Car le bonheur est-il d'avoir ou d'être ? Et si au lieu de mesurer le développement à l'aune de la seule richesse économique on le mesurait avec d'autres indicateurs : plus de lien social, inter-générationnel, plus de prise en charge sociétale des personnes âgées, plus de qualité environnementale, plus d'accès à la culture et à l'éducation, plus de prévention en matière de santé publique...etc. Bref, si nous repensions totalement notre modèle de développement avec un seul objectif : la production de plus de bonheur individuel et collectif. Là une deuxième, voire une troisième rasade d'abricotine s'impose ! La lune est pleine, les étoiles brillent, l'imagination revient enfin au pouvoir et décolonise nos vieux schémas de pensée.
Des ivrognes utopistes ? Pas uniquement ! "En 1972 le roi du Bhoutan (pays considéré comme sous-développé) a tenté d'imposer la notion de 'Bonheur National Brut" à son peuple par opposition au traditionnel "Produit National Brut" qui présentait sans doute à ses yeux l'inconvénient de ne considérer que la richesse matérielle d'un pays. C'est ainsi qu'en février 2002, lors du forum de la banque mondiale à Katmandou (Népal), le représentant du Bhoutan osa affirmer que si l'indice du PNB de son pays était peu élevé, il était en revanche, plus que satisfait du NBB !" Et que dire de l'Indice du Bien Etre au Travail ? Du Produit National Net (Commission Stiglitz), du Bonheur Intérieur Net créé par un institut Canadien.
Des cartes du bonheur existent : "L'université de Rotterdam a ainsi établi un classement mondial du bonheur pour la période 1995-2005 à partir de 953 indicateurs. De cette étude, il ressort que les cinq pays les mieux classés sont dans cet ordre : la Danemark, la Suisse, l'Autriche, l'Islande et la Finlande. La France ne viendrait qu'en 39ème rang ! Autre étude intéressante, celle d'un psychologue britannique de l'Université de Leicester qui a établi, lui, en 2008, une carte du bonehur basée sur cinq critères seulement : la santé, la richesse, l'éducation, l'identité nationale et la beauté des paysages. Là encore, le Danemark vient en première place la France étant reléguée à la 62 ème !" (In exposé de Gérard Arnaud à propos du Bonheur)
Il va être temps de se quitter, l'air embaume les senteurs de l'été d'un bonheur, même fugace, partagé. On convient évidemment de se revoir, car imaginer le développement d'un territoire pour accroître son indice de Bonheur Local Brut est une ambition qui méritera de nombreuses libations.
Le texte qui suit, écrit en 1888, me semble être encore d’une incroyable actualité au regard des pratiques politiques qui secouent en ce moment notre Pays. L’irréprochable République est un slogan, un élément de langage comme disent les publicistes !
«Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère,si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si au lieu de crois aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé, au grand livre des destinées humaines.
Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums. Des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C’est bon de rêver et cela calme la souffrance.Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve, car là où est l’homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi, l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est pas d’ailleurs en son pouvoir de te donner. L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t’imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd’hui est particulier à une époque ou à un régime et que cela passera. Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c’est-à-dire qu’ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n’as rien à y perdre, je t’en réponds ; et cela pourra t’amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d’aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.
Et s’il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t’aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n’accordes jamais qu’à l’audace cynique, à l’insulte et au mensonge.
Je te l’ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.»
Octave Mirbeau - La grève des électeurs - 28 Novembre 1888
Pour en savoir plus sur Octave Mirbeau, c’est ici
07/07/2010 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
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Je souhaite faire la promotion d’une revue : Canopée. Je ne la connaissais pas il y a dix jours. Son numéro «vers un monde en mutation» est époustouflant de rigueur, de poésie, d’expériences annonciatrices d’un nouveau monde, bref de pétillance. L’édito exprime parfaitement l’ambition de ce numéro :
«(...) Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on sait que l’espèce humaine est confrontée aux limites de la bisophère, et l’on n’a pas trouvé aujourd’hui de planète de rechange. On sait aussi statistiquement que 7 milliards d’humains sont avides de consommer ce que la terre ne peut leur fournir. A partir de ce constat nous n’avons donc pas d’autres choix que de transformer nos modes de vie. (...) Désormais ce sont les sociétés civiles qui agissent. Des inconnus, des anonymes qui travaillent dans l’ombre, mais dont l’énergie et la générosité semblent sans limite. On assiste à l’élaboration d’un système de réseaux coopératifs, associatifs, d’échanges et de partage, un vrai bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales qui sont le vivier du futur. Que ce soient dans la création de nouvelles technologies ou dans la préservation des savoirs anciens, toutes ces énergies semblent aujourd’hui, se mutualiser, se fédérer, dans une grande lame de fond qui pourrait bien changer la donne. C’est d’une nouvelle intelligence collective dont il s’agit, une nouvelle forme d’humanisme. Un vrai désir de reliance et de solidarité. Une forte aspiration à être ensemble, un besoin de rencontrer l’autre avec plus de sensibilité, de bienveillance et de respect. Avec une plus grande valorisation des différences et, surtout, une vraie quête de sens. Notre société occidentale qui nous avait formatés à l’indépendance avant tout, réalise aujourd’hui que nous sommes des êtres foncièrement dépendants e que nous avons tous besoin les uns des autres. Voilà donc de belles mutations. (...) Nous sommes dans une drôle d’époque où nous n’avons jamais été aussi connectés les uns aux autres. A chaque seconde des torrents d’informations se déversent sur nous par l’intermédiaire des médias, téléphones portables, Internet, Facebook, Twitter, Skype... Nous sommes en constante agitation. Le plus grande mutation ne serait-elle pas de nous reconnecter à nous-mêmes. Arrêtons nous un instant et prenons le temps pour le VIde et le Silence. Revenons à notre profondeur et cultivons notre «intériorité» pour accéder à «la réalité réelle». Avec une vraie conscience de notre fragilité et notre vulnérabilité.
Nous nous heurtons tous un jour ou l’autre aux limites de notre condition humaine, plus encore à notre faiblesse. Et à chaque fois que nous expérimentons notre vulnérabilité, il y a un combat à mener.» Fragments de l’éditorial de la revue Canopée - Actes Sud / Nature et découvertes - Février 2010 -www.natureetdecouvertes.com/canopee
J’ai trouvé les articles à propos des villes en transition et l’expérience de Totnes ainsi que celui qui évoque habiter demain exceptionnels comme invitation à repenser la ville et le vivre ensemble. Quant au débat entre François Lemarchand et Serge Latouche à propos de croissance et décroissance, il doit tout simplement être lu par tous. C’est une question d’hygiène intellectuelle.
05/05/2010 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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C'est François Dumoulin qui est l'auteur du centième commentaire de ce blog. J'en profite pour remercier tous les contributeurs, toutes ces personnes qui ont pris un peu de leur temps pour lire un de mes billets et apporter leur point de vue. C'est lorsque je m'exprime à propos de la politique locale que les commentaires sont les plus nombreux. On peut même dire qu'ils déchaînent les passions. Souvent les auteurs sont avertis et développent des analyses d'une grande pertinence. A sa façon, modestement, ce blog favorise le débat citoyen. Une forme de coopérative politique virtuelle en attendant la mise en place, localement, d'un nouvel espace politique comme l'ont suggéré plusieurs commentateurs ?
Qui sera l'auteur du prochain commentaire ? Et à quel propos ? La réponse dans quelques jours vraisemblablement.
27/04/2010 dans Les éditos de g2c | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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