Récemment encore, lors de la préparation de la biennale (cf la m@ison) que nous sommes en train de préparer (7,8 décembre 2007), j’ai eu l’occasion de parler d’analphabétisme numérique. Ce terme est encore peu usité et sa définition ne fait pas consensus. Pourtant, lorsque l’on fait une recherche sur le net plusieurs références internationales apparaissent. On trouve un article très intéressant sur le site d’OSIRIS (Observatoire sur les Systèmes d’Information, les Réseaux et les Inforoutes du Sénégal). Le professeur Abdoullah Cissé s’exprime en ces termes : “dans la Société de l’Information où nous sommes déjà, l’ordinateur et ses usages ne sont plus des domaines qu’on peut savoir ou ne pas savoir, mais bien une nécessité. La Société de l’Information requiert, en effet, la connaissance de ces choses, quelle que soit par ailleurs l’activité dans laquelle on est impliqué et son domaine de compétences.”
Sur le site d’Euractiv, on trouve également une référence explicite à l’analphabétisme numérique. Mais c’est dans l’encyclopédie francophone que l’on trouve la définition la plus claire : “l’analphabétisme numérique est l’incapacité d’utiliser les TIC de manière efficace.”
Je vais partir Vendredi au Brésil dans le cadre d’une mission que m’a confié le Grand Lyon pour rencontrer Rodrigo Baggio et Mario Viera duCDI. “le Comité pour la démocratisation des technologies de l’information est une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui, depuis 1995, favorise l’insertion sociale grâce à l’utilisation des nouvelles technologies en tant qu’outils de développement. Les écoles des technologies de l’information et des droits citoyens du CDI mettent en œuvre des programmes éducatifs au Brésil et à l’étranger, mobilisant les exclus de la société et les aidant à transformer leur quotidien.”
Cette réalisation, depuis des années, lutte contre l’analphabétisme numérique avec un très grand succès. Alors, il n'y a bien en France que l’on s’interroge sur la pertinence de ce terme. Dans les autres pays en émergence il y a longtemps que cette expression est devenue une réalité.

Bonjour Gilles, bonjour Stéphanie,
Je ne peux qu'abonder dans le sens de Stéphanie en préférant le terme anglo-saxon de « Digital literacy », adapté en « littéracie/culture numérique » par les québécois.
En 1997, le lancement du programme « Espace Culture Multimédia » dans le cadre du premier PAGSI avait été accompagné du néologisme « illectronisme », qui est ensuite passé à la trappe au profit de la sacro-sainte lutte contre la « fracture numérique ».
La sémantique est importante, car utilisés comme slogan, les concepts deviennent des idéologies qui sous-tendent l'action, et si on ne les manipulent pas correctement, ce sont eux qui nous manipulent.
Les concepts d'analphabétisme numérique, d'illectronisme ou même de digital literacy, ont ceci de gênant pour moi, qu'il s'incrivent dans une vision macro-économique, une vision démographique, voire même épidémiologique du phénomène. Ils s'attachent à décrire une situation pour la quantifier, la mettre en statistique, la déplorer ... mais ne sont porteur d'aucunes clés d'action et de changement.
L'allusion à l'illetrisme numérique aurait pu être intéressant s'il s'était accompagné d'une volonté de s'inspirer de l'expérience et des méthodes utilisés par les professionnels de l'alphabétisation et de la remédiation des savoirs de base. Il n'en a rien été.
Cette notion d'analphabétisme numérique découle directement d'un autre concept « tarte à la crême », celui de « Société de l'information », voire de « Société de la Connaissance », que je n'aime pas du tout, mais ce serait trop long à expliquer ici :-)
Il me semble que les usages et détournements de ces outils par les utilisateurs amènent aujourd'hui davantage à valoriser leurs fonctions de communication ... et l'Humanité n'a pas attendu de savoir lire et écrire pour communiquer de façon tout à fait efficace ! Rentrer dans l'appropriation des outils numériques par l'obligation d'apprendre à lire et à écrire avec un ordinateur, me semble aujourd'hui une barre un peu trop haute pour certains, et un chemin pas nécessairement adapté pour tous.
Mon expérience de terrain et la nécessité de la formaliser pour la transmettre, le détour par la recherche pédagogique, m'amène à tenter de prendre le problème par l'autre sens. Je suis à la recherche de métaphores qui donnent une bonne représentation afin de permettre une action efficace. Des métaphores pour accompagner le changement, pas des concepts pour déplorer que le monde va mal.
Pour le moment, j'en ai trouvé une qui me convient assez bien. Il me semble que pour les médiateurs et organisateurs de programmes d'accompagnement aux usages des outils numériques, la notion « d'apprivoiser les technologies » est plus porteuse de sens et qu'elle contient en germe des modes opératoires d'action efficaces avec des publics qui découvrent les TIC.
Envisager les technologies comme des bêtes exotiques, étranges et sauvages qu'il convient de domestiquer avant de les faire rentrer dans son univers familier et intime, me paraît une métaphore plus opérante que de présupposer que les débutants sont analphabètes ou illettrés et donc qu'il doivent en passer par un apprentissage scolaire et formel.
Bon, je m'arrête là, le commentaire est plus loin que l'article, désolé. A la revoyure.
Bon voyage au Brésil.
Rédigé par: Philippe Cazeneuve | 06/06/2007 à 10:17
Quelques compléments d'info qui me permettront d'expliciter pourquoi ce terme ne "passe pas trop".
En Franche l'analphabétisme s'est vu "reproché" un coté assez réducteur.
C'est ATD qui a fait avancé la notion d'illétrisme au delà des problématiques d'analphabétisme.
Le premier fait davantage référence à de l'absence de connaissance, le second davantage à la difficulté de mettre en oeuvre des compétences qui peuvent exister.
voir : http://www.ac-poitiers.fr/meip/illtpg12.htm
Ainsi l'utilisation du terme "analphabétisme numérique" me ramène à une approche très "fonctionnelle" des TIC, qui me semble un peu en décalge avec une approche par les usages.
J'avais trouvé cette définition que j'aimais bien de la Littéracie/culture numérique (=Digital literacy)
qui permet d'envisager le verre du coté "plein" et non "manquant".
" (...) ensemble de compétences ayant trait à l'usage et à la maîtrise de l'information sous quelque forme qu'elle se présente, de même qu'aux technologies qui y donnent accès : capacités, savoirs et attitudes reliés à l'identification de l'information, à la connaissance des sources d'information, à l'élaboration de stratégies de recherche et de localisation de l'information, à l'évaluation de l'information trouvée, à son exploitation, à sa mise en forme et à sa communication - le tout dans une perspective de résolution de problème."
Source: Bernhard, Paulette. 2000.
http://www.mapageweb.umontreal.ca/bernh/TICI/def-cit.html
Après la question, au delà des aspects sémantiques est de définir ce dont on parle et de s'intéresser à pourquoi il y a besoin de ces mots un peu "provocs".
Avec l'expèrience, il me sebme que le mot "fracture numérique" a trop souvent été l'arbre qui cache la forêt et s'est retrouvé utilisé à tout bout de champs, coupant court les explications plus développés nécessaires.
voir l'article de P. Cazeneuve là dessus..
http://www.creatif-public.net/article12.html?var_recherche=fracture%20num%C3%A9rique
J'ai croisé récemment le travail réalisé par les brésiliens, qui m'a l'air effectivement passionnant. Vivement des retours !
Rédigé par: Stéphanie Lucien-Brun | 05/15/2007 à 12:09