Le bureau de la LICRA Rhône-Alpes m’a sollicité à deux reprises pour animer un séminaire. Il m’a été demandé en 2008 d’aider :
- à formuler les trois défis majeurs auxquels la LICRA est confrontée.
- à proposer les actions susceptibles de répondre aux défis.
Pour chaque action un «pilote» avait été désigné. C’est lui qui devait coordonner la mise en oeuvre concrète des actions à mettre en oeuvre au cours de l’année 2009.
Et, en 2009, le séminaire a porté sur deux volets :
- le bilan des actions conduites depuis le précédent séminaire.
- une réflexion anticipatrice sur ce que pourrait être, demain, le fonctionnement de la LICRA Rhône-Alpes.
Outre ces aspects de contenu et de méthodes, je voudrais évoquer ce que je retiens de ces deux séances de travail.
Etre disponible au réel tel qu’il se présente
Je ne connaissais pas la LICRA ou si peu. Un ami adhérent, militant convaincu et convaincant m’avait évoqué les actions conduites dans les écoles et dans l’univers footbalistique. J’avais trouvé ces initiatives particulièrement pertinentes et courageuses. Certes, le site web de la LICRA ne m’était pas inconnu, démarche professionnelle oblige ! Mais, j’en conviens, les informations objectives en ma possession étaient maigres. Lorsque j’interviens, j’essaie de connaître l’organisation qui me sollicite, mais je ne cherche pas à en avoir une appréhension encyclopédique. Fils de la terre, j’ai besoin de ressentir les hommes et les femmes avec lesquels je vais travailler. Et, pour cela, j’essaie de me rendre disponible au réel tel que je le perçois vibrer.
Des vibrations fraternelles
Ce que j’ai ressenti, quasi instantanément, c’est la fraternité entre les participants. Nous étions dimanche et tous et toutes manifestaient une joie réelle à se retrouver. Les attitudes et comportements ne trompaient pas. Fraternité incarnée dans une mémoire collective, socle d’un regard sur le monde et sur les hommes inscrit dans une chaîne d’union inaccessible au profane. Appartenir à une communauté de destin aussi tragique confère une identité singulière. L’histoire commune et semblable des uns et des autres sublime les désaccords dans une indispensable fraternité de survie. Ces vibrations fraternelles ne sont pas une construction intellectuelle. Elles sont palpables et irradient le groupe.
Une intelligence collective rare
Faire accoucher un groupe est toujours un défi et relève d’une alchimie particulière qui ne se résume pas à la seule compétence du tiers extérieur. Les membres du groupe doivent partager le même souci de l’efficacité collective. Alors, bien évidemment, une certaine façon de faire facilite les échanges et une production collective de qualité. Mais, il est relativement rare de parvenir à un niveau d’écoute et d’échanges argumentés aussi pertinents. Les points de vue s’affrontent et s’expriment de façon vive et passionnée. C’est ce qui rend le débat passionnant. Ce qui est surprenant c’est l’absence de crispations négatives pourtant si fréquentes au cours de séances de travail comme celles-ci. Il se dégage toujours une sorte de conspiration des convergences. Les solutions trouvées et adoptées s’enrichissent des différences sans aboutir à un consensus mou, souvent dramatique. Les interactions entre les participants produisent là une intelligence collective qui est bien autre chose qu’un artifice sémantique.
Une volonté farouche
La LICRA n’est pas un gadget, une antichambre d’arrivismes non avoués. Elle est un objet fédérateur, un objet médiateur par lequel des valeurs, des finalités un sens sont défendus. A l’évidence, un corps de doctrine très solide est installé et partagé. Il constitue la colonne vertébrale du combat et le justifie. La force provient de ce passé qui a pétri une identité à nulle autre pareille. Le combat d’hier est celui d’aujourd’hui. Aucune rupture symbolique, la bête immonde est traquée dans tous les recoins quels que soient les masques dont elle se pare. Cette volonté farouche s’incarne verticalement car elle puise dans les racines pour aspirer l’élan vital qui donne des ailes.
On m’avait demandé de livrer un regard extérieur. Il n’a aucune prétention à l’objectivité. Il revendique même une certaine subjectivité. La connaissance que j’ai de la LICRA n’est pas suffisante pour écrire autre chose qu’un ensemble d’impressions, de ressentis, d’observations exprimés sans doute de façon fort maladroite.
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